Vendredi 25 juillet à 21h

Saint-Geniez d’Olt - Cloître

/2014 Concert – 25 juillet à 21h – Saint-Geniez d’Olt – Cloître
2014 Concert – 25 juillet à 21h – Saint-Geniez d’Olt – Cloître2016-12-02T23:43:17+00:00

Sur la place chacun passe

OSVALDO GOLIJAV (1960)  Les Rêves et Prières d’Isaac l’aveugle)

Prelude : Calmo, Sospeso – I. Agitato Con Fueco – Maestoso – Senza Misura, Oscilante
II. Teneramente-Ruvido-Presto – III. Calmo, Sospeso – Allegro Pesante – Postlude :
Lento, Liberamente

Manuel METZGER clarinette  /  Nicolas GOURBEIX violon  /  Manuel SOLANS violon  /  Jean-Charles MONCIÉRO alto  /  Thomas DURAN violoncelle

EDUARD TOLDRÁ  Vues sur la mer

I. La Ginestra (La fleur de genêt) – II. Nocturne
III. La mar estava alegre (La mer était joyeuse)

Orchestre des étudiants de l’académie sous la direction de Jean-Marie TROTEREAU

GEORGES BIZET  Suite de « Carmen » (tr. A. Tarkmann)

I. Prélude du 3ème acte (Pastorale) – II. Introduction et Habanera – III. Air des cartes
IV. Prélude du 2ème acte – V. Air des fleurs – VI. Prélude du 4ème acte (Aragonaise)
VII. Chanson et mélodrame – VIII. Seguedille – IX. Mélodrame – X. Air du toréador

Céline NESSI flûte  /  Manuel METZGER clarinette  /  Laurent LEFÈVRE basson  /  Jérôme ROUILLARD cor  /  Nicolas GOURBEIX violon  /  Manuel SOLANS violon  /  Geneviève STROSSER alto  /  Aurélien SABOURET violoncelle  /  Cédric CARLIER contrebasse

Fatigués de tant d’aventures, mais heureux d’avoir partagé toutes ces belles histoires, public et musiciens se retrouvent une ultime fois dans la convivialité protectrice des arches du cloître. Avec recueillement tout d’abord, un répertoire tourné vers la musique klezmer (ou yiddish) : The Dreams and Prayers of Isaac the Blind d’Osvaldo Golijov pour clarinette klezmer et quatuor à cordes. Le compositeur argentin d’origine juive, formé en Israël et aux Etats-Unis, aime associer musiques latines et d’Europe de l’Est, teintées d’influences juives ou orientales. Ces Rêves et prières d’Isaac l’Aveugle, grand rabbin de la kabbale d’Espagne du XIIème et XIIIème siècle, dont les méditations sur les plus hauts degrés de la divinité ont fait l’admiration de ses disciples, permettent au compositeur de faire chanter son arbre généalogique. La clarinette klezmer donne une tension surprenante aux alternances d’emportement fiévreux et épisodes de méditation.

C’est en Espagne, encore inconsolable de son élimination en coupe du monde, mais surtout terre de Don Quixote et de Cervantes, père du roman moderne que s’achèvera l’aventure de ce festival 2014. Vistas al Mar est une évocation poétique de paysages marins changeants, composée par E. Toldra d’après des poèmes de Joan Maragall. Cette musique impressionniste pour quatuor nous conduit naturellement à Carmen, et à la clôture colorée et festive du concert.

Œuvre ultime de Georges Bizet, Carmen, inspirée de Mérimée est l’opéra dans lequel il jettera ses ultimes forces. L’accueil plutôt froid lors des premières représentations tient sans doute au sujet lui-même, jugé indécent pour l’époque, Carmen étant en quelque sorte une antithèse d’héroïne conventionnelle, et cette fin tragique choquante… Il meurt quelques semaines plus tard d’une crise cardiaque, dans la nuit de la trente-troisième représentation. Saint-Saëns est à l’origine d’une légende selon laquelle il se serait laissé mourir de chagrin, croyant à l’échec de Carmen. C’est à Vienne après sa mort que l’oeuvre prit son véritable essor, où Brahms et Wagner conçurent pour celle-ci une admiration sans limites. Bizet, bien qu’opposé par son style d’écriture, admirait beaucoup Wagner. Il représente pourtant le seul compositeur français de l’époque capable de former un rempart contre « l’envahisseur » allemand, et Nietzsche ne s’y trompa pas, qui écrivait à son propos une éloge de « son allure légère, souple et polie », ne procédant pas comme celle de Wagner par répétition, et faisant confiance à l’auditeur en le « supposant intelligent» – et d’ajouter : « L’orchestration de bizet est la seule que je supporte encore », pour sa luminosité, son absence d’enflure, sa concision laissant place à la lumière et à l’espace.

Textes : Philippe Pierre