Mardi 15 juillet à 21h

Saint-Geniez d’Olt - Cour des cloîtres

/2014 Concert – 15 juillet à 21h – Saint-Geniez – Cour des Cloîtres
2014 Concert – 15 juillet à 21h – Saint-Geniez – Cour des Cloîtres2016-12-02T23:43:18+00:00

Deux personnes vont dans la forêt…

IGOR STRAVINSKY  Le Sacre du Printemps (tr. Michaël Byerly)

1ère partie – L’adoration de la terre
Introduction – danses des adolescentes – Jeu du rapt – Rondes printanières
Jeux des cités rivales – Cortège du sage – L’adoration de la terre – Danse de la terre
2ème partie – Le sacrifice
Introduction – Cercles mystérieux des adolescentes – Glorification de l’élue
Evocation des ancêtres – Danse sacrale – L’élue

Céline NESSI flûte  /   Jacques TYS hautbois  /  Jérôme VOISIN clarinette  /  Jérôme ROUILLARD cor  /  Laurent LEFÈVRE basson

ARNOLD SCHOENBERG  La nuit transfigurée opus 4

Julien DIEUDEGARD violon  /  Manuel SOLANS violon  /  Jean-Charles MONCIERO alto   /  Geneviève STROSSER alto  /  Aurélien SABOURET violoncelle  /  Thomas DURAN violoncelle

SERGUEÏ PROKOFIEV  Pierre et le loup (tr. J. Linckelmann)

Conte pour enfants sur un texte du compositeur

Céline NESSI flûte  /   Jacques TYS hautbois  /  Jérôme VOISIN clarinette  /  Jérôme ROUILLARD cor  /  Laurent LEFÈVRE basson

Au-dessus de la pile d’antiques reliures déposées sous les arches du cloître, une couverture art déco attire le regard, avec ses tons rougeoyants et ses volutes dorées : elle laisse entrevoir une écriture énergique et raffinée, qui fait apparaître, surgissant comme par magie de la partition, une troupe de fantômes holographiques, images irréelles et animées des ballets russes et de Nijinski. Place au Sacre du Printemps, en version de poche, oeuvre révolutionnaire et emblématique du début du XXème siècle. La création de l’oeuvre, le 29 mai 1913, sous la direction de Pierre Monteux, et la chorégraphie de Nijinski plongèrent le public dans un profond désarroi. Le sujet même élaboré par Stravinski en collaboration avec le peintre et archéologue Nicolas Roerich, est choquant : un grand rite païen, avec de vieux sages assis en cercle observant la danse à mort d’une jeune fille qu’ils sacrifient pour rendre propice le dieu du Printemps. Chacune des deux grandes parties, Le baiser à la terre et le grand sacrifice, exaltent la force primitive et les effets les plus crus et les plus paroxystiques.

Laissant peu à peu s’éloigner ce vacarme initiatique à la nuit tombante, un parfum de poésie flotte entre les voûtes séculaires, invitant à la rêverie et au fantastique. C’est Arnold Schoenberg qui retranscrit de manière magistrale les poèmes romantiques de Richard Dehmel, métamorphosant d’un trait fulgurant le paysage musical classique : l’oeuvre revendique son attachement à de multiples traditions avec son langage harmonique proche des procédés modulatoires de Wagner et des pratiques familières à Strauss, Liszt ou Mahler. Considérée aujourd’hui comme chef-d’oeuvre absolu, elle ne manqua pas, lors de sa création le 18 mars 1902 par le quatuor Rosé, de désorienter le public. Ce fut, autrement dit, le premier de toute une série de scandales.

Organisée en un seul mouvement et cinq périodes se référant au poème initial, et relatant le dialogue entre un homme amoureux et sa maîtresse – cette dernière avoue attendre un enfant d’un autre homme – la «Nuit Transfigurée» est un poème symphonique affranchi de toute servilité à l’égard du texte qui l’inspire. Cela permet de «satisfaire un auteur ne sachant pas ce qu’elle prétend décrire, ou en d’autres termes, elle offre la possibilité d’être comprise comme musique pure». (Schoenberg 1950) Nul n’osera explorer plus avant l’univers des esprits et des passions douloureuses.

Le volume refermé laisse entrevoir un ouvrage figurant dignement dans toutes les bibliothèques, aux côtés des éditions Gallimard, des romans du Club des Cinq et des aventures de Oui-Oui. Avec Pierre et le loup, Prokofiev a offert, en 1936, un visage aux instruments classiques, un voyage pour petits et grands au pays des contes et du poème musical. A la suite de ses Pièces de piano pour enfants de 1935, le compositeur travaillait déjà aux Chants d’enfants qu’il achèvera en 1939. C’est assez dire quelles étaient à cette époque ses préoccupations pédagogiques. L’intuition du compositeur met en lumière la personnalité et le charme du violon, du basson, de la clarinette, de la flûte, et dans la nuit qui s’installe, chacun songe l’esprit joyeux et rêveur, à un univers rempli de personnages fabuleux, de couleurs et d’images d’enfance.

Textes : Philippe Pierre