Lundi 24 juillet à 18h30

Auditorium de Saint-Géniez d'Olt

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2017-concert-24-juillet-a-18h30-auditorium-de-saint-geniez-d-olt2018-01-03T20:48:16+00:00

PETER HOPE  – 4 sketches

Jacques Tys Hautbois / Laurent Lefèvre Basson / Muhiddin Dürrüoglu Piano /

• PHILIPPE GAUBERT – 3 aquarelles

Céline Nessi Flûte / Marie Hallynck Violoncelle / Nicolas Mallarte Piano

JOHANNES BRAHMS – Trio n° 1 en sib M op. 8

Éric Lacrouts Violon / Guillaume Martigné Violoncelle / Nicolas Mallarte Piano

Séquence V : Arches musicales par un clair matin

PETER HOPE (1930)
4 sketches

Peter Hope est né à Stockport et a étudié à l’Université de Manchester puis au Royal Manchester College of Music. Il a travaillé à Londres pour un éditeur avant de devenir compositeur et arrangeur indépendant à 24 ans. En tant qu’arrangeur, il a travaillé pour Jessie Norman, José Carreras, John Williams et James Horner. Ses compositions comprennent la suite « King of Kerry » qui a remporté un prix Ivor Novello en 1968-69. Musique foisonnante, le premier « sketch » de Peter Hope évoque une écriture symphonique et cinématographique dont les racines puiseraient leur sève dans la musique de Claude Debussy. Le second mouvement, sorte de marche fantasque, entraîne le piano dans une poursuite folle rivalisant de virtuosité avec le hautbois et le basson. Sur un appel du basson, le troisième sketch nous invite à la rêverie, suivant le cours de ses mélodies sensuelles ornées de gouttes cristallines égrenées par le clavier. Au final, une joyeuse farandole syncopée, hybride et jazzy referme le quatrième volet de ces divertissantes évocations

PHILIPPE GAUBERT (1879-1941)
3 aquarelles

Le père de Philippe Gaubert, cordonnier à Cahors, clarinettiste amateur dans des orchestres locaux, décide en 1888 de partir avec sa femme pour Paris et d’amener avec eux leurs enfants pour qu’ils puissent devenir des musiciens professionnels. Hélas, il meurt trois ans plus tard, en 1891. Philippe qui n’a alors que douze ans, doit gagner sa vie et celle de sa famille en jouant du violon dans un cinéma de quartier. Il s’exerce aussi à la flûte traversière. Le père de Paul Taffanel, le plus célèbre flûtiste de l’époque, qui l’entend, est immédiatement convaincu de ses dons. Il le prend aussitôt sous son aile pour l’initier aux subtilités et à la virtuosité. Paul Taffanel, charmé lui aussi, l’inscrit alors dans sa propre classe du Conservatoire. Ainsi, à quinze ans, en 1894, Philippe Gaubert obtient un premier prix. En 1920, nommé premier chef à l’Opéra, il dirige Faust pour la première fois le 19 septembre. Il va franchir toutes les étapes : Chef de la Musique en décembre 1931, Directeur de la Musique en 1939. Philippe Gaubert a également été un grand compositeur. À son actif figurent de nombreuses musiques pour un instrument (la flûte notamment) et piano ou orchestre ; des morceaux orchestraux, tableaux ou des poèmes symphoniques. Il mourra brutalement à Paris en 1941.
Trois aquarelles est le premier des trios de Gaubert pour flûte, violoncelle et piano : les premières touches colorées de « Par un clair matin » mettent en avant toutes les ressources et toutes les palettes sonores des instruments. La partie centrale, plus sereine, utilise des harmonies impressionnistes et paresse longuement avant la récapitulation, labyrinthe jouant à égarer nos sens harmoniques, avant de retourner finalement à la tonalité majeure principale. Soir d’Automne décrit une grande arche expressive, riche en évocations vespérales, tandis que la Sérénade finale nous surprend avec sa conclusion expéditive. Cette partition fut composée dans d’incroyables circonstances, dans les tranchées de la première guerre mondiale.

JOHANNES BRAHMS (1833-1897)
Trio n° 1 en sib M op. 8

Cette œuvre de jeunesse fut esquissée vers la fin de 1853 et composée à Hanovre dans les premiers mois de 1854. Ce sont là les années de « Sturm und Drang » du musicien (alors âgé de vingt-et-un ans), celles marquées notamment par l’amitié avec Robert Schumann. La partition qui se joue aujourd’hui est une version remaniée par le compositeur bien plus tard, en 1891, sur le conseil de Hanslick ; comme Brahms l’expliqua lui-même à son vieil ami Grimm, il « ne lui mit pas une perruque, mais se contenta de peigner et d’arranger un peu les cheveux ». Ce qui est quelque peu travestir la réalité, l’exemplaire utilisé pour cette révision a été conservé, et permet de constater que, loin de s’en tenir à des retouches de détail, le compositeur a parfois réécrit des sections complètes, remplacé des thèmes et modifié des développements entiers. Ainsi transformée, pleinement maîtrisée, certainement mieux équilibrée, l’œuvre a néanmoins conservé une certaine ardeur juvénile et cette imprégnation de poésie fantastique caractérisant le Brahms hambourgeois beaucoup plus que le viennois.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’extrême plénitude, voire la sensualité, du son ; c’est une force vitale, également, envahissant et animant les différents registres instrumentaux. Le premier thème, dès sa présentation, est d’ailleurs varié avec une puissante conviction. Le deuxième thème, plus concis, n’apparaîtra qu’à la mesure 83, et le troisième à la mesure 109 seulement, ce qui peut suffire à démontrer que la générosité de l’inspiration a pris le pas sur le respect des strictes règles classiques. Dans son intégralité, cet Allegro comporte presque cinq cents mesures : un excès d’invention mal contrôlé, certes, mais, aussi, une telle joie de composer !
Le mouvement suivant est un Scherzo aérien, qui adopte la répartition classique avec trio central. Il est probable que seul ce mouvement n’a subi que de très infimes retouches : le Brahms de la maturité dut donc s’en trouver encore satisfait.
Le mouvement lent, Adagio, en si majeur plonge l’auditeur dans un tout autre climat, de mystère quasi religieux, avec son premier thème d’une solennité accentuée par un piano aux riches sonorités, et la noblesse, traversée d’élans de ferveur, du second thème mélodique, avec le violoncelle en instrument soliste.

Textes : Philippe Pierre