Jeudi 23 juillet 2015 à 21h

Rodez - Grange de Floyrac

/2015 Concert – 23 juillet à 21h – Rodez – Grange de Floyrac
2015 Concert – 23 juillet à 21h – Rodez – Grange de Floyrac2016-12-03T17:29:12+00:00

LUDWIG VON BEETHOVEN (1770–1827) Sérénade op 25

Entrata (Allegro) – II Tempo ordinario d’un Minuetto – III Allegro molto in D minor – IV Andante con variazioni in C major – V Allegro scherzando e vivace – VI Adagio – VII Allegro vivace

Céline NESSI flute / Julien DIEUDEGARD violon / Geneviève STROSSER alto

ERNST VON DOHNANYI (1877-1960) Sérénade en ut M op 10

I Marche(Allegro) – II Romance (Adagio non troppo, quasi andante) Balade populaire stylisée – III Scherzo (Vivace) – IV Tema con variazione (Andante con moto) – V Finale : Rondo (Allegro vivace)

Amaury COEYTAUX violon / Jean-Charles MONCIÉRO / Thomas DURAN violoncelle

EUGENE BOZZA (1905- 1991) Sérénade en trio – 7

Céline NESSI flûte / Vincent PENOT clarinette / Laurent LEFÈVRE basson

ZOLTAN KODALY (1882-1967) Sérénade op 12 2 violons et alto

I Allegramente – Sostenuto ma non troppo – II Lento ma non troppo – III Vivo

Amaury COEYTAUX violon  /  Julien DIEUDEGARD violon  /  Jean-Charles MONCIÉRO violon

Mon second concert nous conduit dans la capitale régionale, dans un lieu d’une grande intimité : à nouveau, Beethoven sera à l’honneur avec cette très belle Sérénade opus 25 que tu as probablement déjà écoutée.
Dis-moi ce qui a incité Beethoven à composer pour une formation aussi inhabituelle et néanmoins riche de sonorité? S’agissait-il de la commande d’une famille noble qui faisait de la musique selon une telle formation mais manquait d’une littérature adéquate? Quelle qu’en soit la raison, nous devons à Beethoven avec cet opus 25 l’une des rares œuvres de musique de chambre dépourvues de basse. En dépit de cette formation instrumentale inaccoutumée, il n’eut aucune difficulté à trouver un éditeur pour sa Sérénade ; peu après il reprit même l’œuvre et remania un arrangement pour flûte et piano (op. 41) écrit par une main inconnue.

Voici ensuite trois compositeurs à découvrir absolument : leur musique « nouvelle » doit beaucoup à ta façon unique de lier les mélodies, de donner la parole aux instruments.
Ernst von Dohnánhyi tout d’abord, avec la Sérénade en Ut Majeur opus 10.
Une sérénade est, dans ton univers de prédilection, une musique de concert composée en l’honneur de quelqu’un et jouée en soirée, en opposition à sa consœur l’aubade, jouée en matinée. Genre musical que souvent tu utilises pour la séduction, la sérénade, était principalement chantée au Moyen-Âge et à la Renaissance par les poètes et les troubadours afin de célébrer l’amour courtois. Avec le 18ème siècle, la sérénade se détache de cette connotation mais reste une composition de concert en extérieur, souvent pour voix et instruments puis ensembles instrumentaux voir symphoniques. Elle deviendra, au 20ème siècle, un concept plus artistique et plus libre dans sa structure formelle et sa nomenclature. La Sérénade en ut majeur de Dohnánhyi appartient à ce genre de composition plus libre, sans forme fixe. Ce compositeur hongrois se fera principalement connaître en tant que chef d’orchestre et pianiste virtuose. Sa carrière de concertiste est comparable à celle de Liszt ou encore de Rachmaninov. Il est l’un des maillons de la musique hongroise, à l’image de Kodály ou encore de Bartók, son ami. Dohnánhyi s’impose dans le répertoire de la musique de chambre dans une filiation postromantique, proche de Schumann et fortement inspirée de Brahms dont il admire le travail. Cette Sérénade opus. 10 est souvent considérée comme l’une des meilleures pièces du compositeur dans ce répertoire. Écrite en cinq parties, la pièce alterne entre mouvements rapides et virtuoses puis mouvements d’un extrême lyrisme, conformément à la tradition hongroise. Si le quatrième mouvement, Thème et variations (Tema con variazione), respecte les structures classiques, les autres épisodes de la Sérénade sont libérés des schémas formels antérieurs, offrant ainsi une plus grande palette d’expression. L’écriture instrumentale est extrêmement exigeante pour chacun des pupitres.

Avec Eugene Bozza et sa Sérénade en trio  je souhaitais te faire découvrir un compositeur français de notre temps, né le 4 avril 1905 à Nice et mort le 28 septembre 1991 à Valenciennes.
Il a étudié la musique au conservatoire de Paris et obtenu les Premiers Prix de violon, de direction d’orchestre, de composition, ainsi que le Premier Grand prix de Rome. Belle carte de visite! Engagé comme violon solo dans l’orchestre Pasdeloup, il débute une carrière de violoniste international, qu’il interrompt en 1930 pour se consacrer pleinement à la composition. Il fut chef d’orchestre à l’Opéra-Comique de 1939 jusqu’à 1948 et devint directeur du conservatoire de Valenciennes de 1950 à 1975. Il écrivit plusieurs opéras, des symphonies, des ballets mais dut sa renommée mondiale à ses nombreuses œuvres de musique de chambre, reposant sur des formations instrumentales variées. Il avait une prédilection pour les vents, ce qui nous laisse savourer cette délicieuse pièce, véritable petit bijou du répertoire pour basson.

Zoltan Kodaly est, comme Donanyi, l’un des maillons essentiels de la musique hongroise. Il est à la fois compositeur, ethnomusicologue et pédagogue. Son œuvre de musique de chambre est riche de quatuors à cordes, duos pour violoncelle et violon, sonates pour violoncelle seul. La Sérénade opus 12 est écrite pour deux violons et alto. Malgré l’économie dans le choix des instruments, une grande richesse d’effets s’en dégage. Bartok relève que « nous sommes en présence d’une personnalité qui apporte un message nouveau et sait nous le transmettre en un langage magistral et concis ». Le premier mouvement réalise la fusion de deux univers, l’un classique de forme et de structure, l’autre rhapsodique, ouvert, imprévisible. Le mouvement lent nous rapproche de Listz et du jeune Bartok, tandis que le final endiablé nous propulse dans un monde féerique aux sonorités jamais encore réalisées.

Textes : Philippe Pierre